Les plaisirs minuscules sont de ceux qui ne se laissent pas raconter. Ils sont ancrés au coeur du réel et pourtant ils demeurent indicibles parce que cachés dans l'infime, dans les temps suspendus. Ils ne provoquent pas d'émotions violentes, et seul le poète parvient parfois à en saisir l'Essence et à en faire résonner l'écho. S'il n'y a rien d'extraordinaire à raconter à propos des plaisirs minuscules, ils sont un lieu où il y a tant à vivre ! Ces plaisirs-là creusent en effet un chemin qui nous relie aux choses essentielles, lesquelles, sont toujours simples.

Merveilleux outils d'ancrage dans le réel, les plaisirs simples sont une passerelle entre le dedans et le dehors : ils permettent à la fois d'entretenir notre présence au monde et à son ressenti. Accueillir les plaisirs simples, c'est se rendre disponible à tout ce qui vibre autour de soi, à chaque instant, en se laissant guider par les sensations : la caresse d'un rayon du soleil sur la peau, un coquelicot surgissant de l'asphalte d'un parking, le souffle du vent dans les branches d'un arbre, l'odeur des prés fauchés ou d'une tasse de thé ...
Cultiver les plaisirs minuscules, c'est devenir attentif à ces instants qui offrent un espace où revenir à soi. Ces petits riens si puissants, certains les entretiennent et les transforment en rituels qui leur permettent de se poser intérieurement. C'est la fameuse "première gorgée de bière", ou encore le thé du matin le regard tourné vers l'intérieur, le vieux et confortable pantalon enfilé en rentrant du travail, les quelques minutes de somnolence matinale pour goûter encore un peu de la douceur de la nuit, le rituel du bain avec un roman ...
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